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#Jesuisla – ENTRETIEN avec Eric Lartigau

A l’occasion de la sortie de son film #Jesuislà, nous avons rencontré Eric Lartigau dans un café parisien pour parler de Corée, de folie amoureuse et de Bae Doona.

A l’occasion de la sortie de son film #Jesuislà, nous avons rencontré Eric Lartigau dans un café parisien pour parler de Corée, de folie amoureuse et de Bae Doona.

1. ENTRETIEN avec Eric Lartigau
Réalisateur et scénariste de #Jesuislà

K-society : Comment est né ce projet ?

Eric Lartigau : Ce projet est né suite à une discussion avec mon producteur et ami, Edouard Weil. On était en vacances et il m’a parlé de ce fait divers d’un danois qui rencontre par l’intermédiaire des réseaux sociaux une chinoise. Au fur et à mesure que cette relation grandit, il décide de partir à Pékin la retrouver. Il lui envoie un message « Je viens à Pékin ». Elle ne viendra jamais à l’aéroport pour l’accueillir et il va se mettre en grève de la faim pour être ensuite rapatrié sanitaire au bout de 4 jours. Je me suis demandé comment on pouvait s’inventer une histoire virtuelle, se faire des films, et puis tout à coup passer de l’autre coté du miroir avec une certitude que la personne va être là et qu’une histoire d’amour va commencer. Je trouvais cela à la fois triste, merveilleux, courageux, dingue. Alors voilà, j’ai déroulé l’histoire dans ma tête, et puis j’ai appelé tout de suite Thomas Bidegain (co-scénariste du film). J’avais déjà en tête Alain Chabat.

K-society : Mais pourquoi avoir choisi la Corée du Sud?

Eric Lartigau : J’avais déjà en tête la Corée du Sud à ce moment là. Je voulais que le personnage se perde dans un pays où l’on n’avait pas les codes. Ce que j’aimais dans la Corée du Sud, c’est que c’est un pays qui est entouré par la Corée du Nord, la Chine, le Japon, mais qui s’est toujours relevé. Cela me fascinait. Et surtout, j’avais envie de travailler avec Bae Doona que je connaissais depuis un moment. On s’était rencontré via un ami commun il y a 4 ans, on avait diné ensemble. J’adore sa singularité, son travail, on a vraiment sympathisé. C’est pour tout cela que la Corée s’est donc imposée comme un choix.

K-society : Comment s’est passée la première rencontre entre Bae Doona et Alain Chabat ?

Eric Lartigau : La rencontre avec Doona et Alain était trop mignonne parce qu’en fait ils avaient tous les deux peur. J’ai organisé un dîner le premier soir quand Alain est arrivé à Séoul. Doona m’a dit « Ok, je m’occupe du restaurant » et elle nous a trouvé un super restaurant. Et en sortant, Alain me dit « Ok, punaise tu te plantes pas toi, elle est dingue, elle a un truc totalement unique, elle a quelque chose de tellement singulier ».

Ce que j’adore chez Doona, c’est qu’elle est libre, elle a une écoute, une confiance, une précision dans le jeu, elle se réapproprie le film, elle en libère quelque chose d’encore plus fort.

Eric Lartigau

Je l’avais prévenu : « Tu vas voir, elle peut être d’une banalité totale, et tout d’un coup, elle va tourner la tête et là, tu vas dire « Ok, d’accord ». Il y a eu une belle complicité entre eux ». Ce que j’adore chez Doona, c’est qu’elle est libre, elle a une écoute, une confiance, une précision dans le jeu, elle se réapproprie le film, elle en libère quelque chose d’encore plus fort. Les deux, ce sont des bosseurs. Doona a pris des cours de français pendant 3 mois, 4 heures par jour. Elle a une joie de vivre, elle est douce, elle est hyper curieuse et adore découvrir des choses. Elle aime beaucoup la France.

Alain Chabat
K-society : Connaissiez-vous déjà le pays ? Vous offrez une vision de la Corée très nuancée, tout en arrivant à la peindre à travers les yeux de quelqu’un qui la découvre pour la première fois.

Eric Lartigau : J’ai vraiment voulu montrer la Corée, pas d’essayer de comprendre ce qu’est la Corée ou donner des définitions, je déteste ça. Mais c’était juste donner des ressentis que j’ai eus en me baladant dans l’aéroport et après en me perdant dans la ville. Lors des repérages, on se perdait en ville, des kilomètres dans Séoul. J’aime bien me perdre dans une ville. Certaines nuits, je me réveillais et je partais me balader pendant des heures. Et tout ce que je ressentais, j’ai essayé ensuite de le mettre à l’image, de le retranscrire dans le contexte de l’histoire.

K-society : Le personnage de Stéphane va passer beaucoup de temps dans l’aéroport. Il va y rencontrer beaucoup de monde mais aussi de la solitude à l’attendre, elle.

Eric Lartigau : C’est un garçon qui découvre qu’en fait il n’est pas là pour les raisons qui l’ont fait partir. Il est un peu dans le déni. Pour Stephane, Soo (Bae Doona) va venir : elle est son objectif à atteindre. Mais pourquoi est-il venu ? Ce n’est pas quelqu’un qui était malheureux, tout allait bien pour lui. Même s’il était un peu à côté de sa vie, il ne s’en rendait pas compte. Comme tout le monde, ou beaucoup de gens, il a une vie classique. Il a aussi l’impression de connaître ses enfants mais en fait non.

Ce qui m’intéresse c’est qu’il se perde dans cet aéroport, il ne peut pas en sortir, il attend, elle a dit qu’elle va venir, alors il attend. Et du coup il va faire des rencontres. Il peut se permettre de rentrer en contact avec des gens, d’échanger, comme avec le cuisinier et la vieille dame sur son trolley. C’est un sas dans lequel il est un peu en suspension. Il s’enferme dans une bulle, un voyage intérieur où il se laisse mener. Il va alors devenir une éponge, observer et absorber tout ce qui va se passer autour de lui.

K-society : Vous parlez du Nunchi (mot coréen décrivant l’art subtil et la capacité d’écouter et d’évaluer les humeurs des autres,ndlr) . Comment avez-vous entendu parler de cette expression coréenne ?

Eric Lartigau: C’est Thomas (Bidegain) qui a trouvé. Je voulais vraiment quelque chose de culturel. Un matin, il est arrivé, je ne sais pas ce qu’il a tapé dans le moteur de recherche internet, sûrement des mots qu’on s’était dit : « ne rien dire », « comment expliquer à d’autre sans avoir besoin d’expliquer » et hop, on tombe sur le Nunchi. Trop bien ! C’était génial.

K-Society : Le thème d’internet, avec Stéphane qui se retrouve star malgré lui d’un réseau qu’il ne comprend pas très bien, c’est très intéressant comme perspective et quelque chose qu’on voit rarement pris au sérieux. Ça fonctionne particulièrement bien parce qu’en Corée, ce scénario de célébrité immédiate d’un étranger qui fait un peu n’importe quoi à Incheon est parfaitement plausible (ce serait moins le cas en France).

Eric Lartigau : En discutant avec l’ambassadeur, on a appris qu’il y avait 3 ou 4 cas comme ça par mois, de personnes qui viennent en Corée pour trouver l’élu(e) rencontré(e) sur internet, et qui vont se retrouver dans Séoul, perdus sans repères. Il les rapatrie ensuite dans leur pays. Et quelque fois il y a des buzz comme par exemple ce danois en Chine.

L’aéroport de Séoul est un lieu graphiquement très beau. On voyage, il n’y a aucune personne de fixe, ce n’est que du mouvement, tout le monde se mélange, tout le monde est en mouvement sans arrêt et cela va très vite pour Stéphane. Il ne comprend pas ce qu’il se passe, il ne voit rien, et quand il va s’en rendre compte (qu’il est devenu un buzz, ndlr), c’est cela qui va être le déclencheur pour le faire sortir de l’aéroport, sortir de ce sas. Les réseaux sociaux, on connaît leur puissance aujourd’hui, on connaît les pics qu’il peut y avoir. Tout un coup, gagner 4 millions de vues en 2 jours. On demande : « Comment tu as fait ? Qu’est-ce que qui s’est passé ? C’est insensé ! »

Je suis la
K-Society : Comment s’est déroulé le tournage ? Les coréens travaillent de manière complètement différente des français. Cela n’a pas était trop compliqué ?

Eric Lartigau : On a travaillé avec l’équipe Keystone Films et on a eu une chance incroyable de tomber sur eux. Ils ont vécu en France et donc c’est un luxe énorme pour nous car ils connaissent les codes occidentaux et ils sont totalement bilingues. On a pu aborder les équipes avec eux en intermédiaire. Mais il y a quand même eu des choses très compliquées. Par exemple, pour l’autorisation de l’aéroport, cela a été l’horreur. Je n’ai rien dit à Alain(Chabat) à ce moment là, mais 5 jours avant on ne savait pas si on allait pouvoir tourner, on n’avait pas encore les autorisations. Et on était là pour 3 semaines de tournage.

Chaque fois qu’on venait en repérage, j’avais une bible avec tous les lieux que je voulais filmer, et au fur et à mesure on nous donnait une pseudo-autorisation, un oui pour tel endroit et puis là, un non, et puis encore un non, et un autre non, sans vraiment nous dire pourquoi. Et on apprend, quinze jours après, qu’il y avait une porte de toilette, et que donc il ne fallait pas gêner d’éventuels voyageurs qui voudraient aller dans ces toilettes là, alors qu’il y en a tous les 20 m. Mais d’un autre côté, on a eu l’autorisation de filmer dans le spa alors qu’il y avait des vraies personnes à l’intérieur. En France, jamais on n’aurait pu faire ça, on aurait dû privatiser le spa, surtout un spa ! Et bien là, non, ils laissaient les clients (avec leurs autorisations). Le marché aussi, par exemple, je le connaissais et je voulais absolument y tourner. Mais cela a été d’une difficulté, pourtant les gens ont joué le jeu.

K-Society : Alain Chabat est d’ailleurs dans quasi chaque plan du film. Tout était scripté ou vous avez un style de réalisation plus improvisé ?

Eric Lartigau : Je l’avais prévenu qu’il serait de la première à la dernière image. Tout était scripté, mais il y a des scènes par exemple que j’écrivais la veille au soir, je réécrivais des choses car je voulais tout le temps qu’il soit en mouvement, pas d’attente entre 2 plans, je voulais le faire tourner, je voulais qu’il se nourrisse. Je lui disais « Tu vas faire ça et puis tu vas faire ça » et lui me disais « Ah bon, je vais faire ça ? Ah ok, ok » et il fonçait. Mais ça c’est le luxe avec une personne comme Alain, on a une telle confiance, c’est un régal, tout est possible. Après, cela a été un gros montage derrière. Le film était très fragile au niveau du montage. Et du coup, à chaque fois qu’on apportait une information nouvelle, il fallait revoir tout le film.

Avec Juliette (chef monteur, ndlr), on devait tout revoir à chaque fois, ne pas apporter une information trop vite. Tous les films sont fragiles. Parfois, il y a une seconde de trop qui va ruiner une séquence entière. Je n’aime pas répéter les choses, je veux faire travailler le spectateur, qu’il se fasse son histoire à travers cette histoire. Donc il faut laisser la place un peu à tout le monde, mais c’est un équilibre instable. Il y a cette information, il va falloir que je la donne, mais à quel moment ? Le squelette il est écrit, mais j’aime le casser, le consolider, j’aime le tordre, aller à l’opposé, quelque fois dans une scène, de l’objectif qui était prévu.

K-Society : Aimez-vous le cinéma coréen ? Quels sont vos films et cinéastes préférés ?

Eric Lartigau : Je suis fasciné par le cinéma coréen depuis 15 ans. Je suis un dingue de Park Chan-Wook (Old Boys, The Handmaiden). J’ai eu l’occasion de le rencontrer à Cannes et à Lyon, on a passé une soirée ensemble jusqu’à 3 heures du matin, j’adore cette personne, sa liberté, il est ultra-timide, ultra-réservé. Je lui ai dit : « Mais en fait, tu es un déglingo, tu es à fond ».

Chabat et Lartigau

On a mangé plusieurs fois ensemble, et un jour, on se retrouve à un festival,et il me reconnaît, on discute et je lui dis : « Tu te rends compte, ta filmographie elle est dingue », et il me dit : « Tu te rends compte de la puissance que tu as avec le nombre d’entrées que tu fais.

On fait ce métier pour que les gens voient nos films, toi tu as toutes ces vues, mais moi, mon cinéma est plus d’auteur, plus segmentant ». En fait, il ne voyait pas le succès de ses films et était très étonné quand je lui ai dit. J’adore, ils vont loin, ils ont une liberté, autant dans la mise en scène que dans le jeu ou le scénario. Ils vont loin et ils ont vraiment une singularité. Je lui disais que sur la comédie ils faisaient des choses extrêmement drôles, et c’est insensé parce que c’est dur, pour un occidental. Dès que tu passes une frontière, les rires ne sont pas placés au même endroit. J’adore le cinéma coréen.

K-Society : Y-a-t-il une scène qui vous a particulièrement touché ? (attention Spoilers)

Eric Lartigau : Il y en a beaucoup. J’adore quand Stéphane est dans le taxi avec son fils Ludo, et que celui-ci lui demande « Tu peux me dire ce qu’il s’est passé, tu es complètement fou ? » (gentiment, ndlr). Et il répond simplement « non » (calmement, ndlr), et il y a une tête d’Alain (Stéphane) qui est remarquable et un regard de Jules (Ludo) qui est ultra-touchant. Ce sont ces micro détails avec toujours beaucoup d’émotions. Et il y a aussi la scène du début avec David au petit déjeuner après le mariage.

J’aime beaucoup cette espèce de non-compréhension où tout un coup il tombe d’un arbre. Tout le monde est au courant d’une chose sauf lui. « Donc ton frère est au courant, et même ta mère est au courant, et pas moi. Mais pourquoi on ne me dit jamais rien ? ». Voilà c’est cette phrase : en fait, il avait accès à tout, comme tout le monde, mais il n’écoutait pas. Comme on peut le faire quelque fois, quand on a des informations qu’on n’a pas envie d’écouter, pour se protéger, pour un milliard de raisons, et qu’on s’enferme à ce moment là.

K-Society : Et pour finir, d’où vient le #JeSuisLà ?

Eric Lartigau : En fait c’est venu très vite, cela résume bien le personnage. Même à la fin quand le titre revient, le hashtag disparaît pour laisser juste « Je suis là », on part du virtuel pour revenir dans le réel. Avec #Jesuislà, tout de suite on parle de réseaux sociaux, de hashtag, on sait que c’est cette rencontre. Mais ça veut dire quoi « Je suis là » ? « Je suis là, mais tu es où ? », « Je suis là ». C’est comment on peut être là, et totalement à côté de ce qu’on est.

Merci à Eric Lartigau pour cet échange.

Où voir le film #Jesuislà ?

Je suis la

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