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JITAE OTTCHIL – La redécouverte d’une technique millénaire oubliée

A la galerie Metanoia à Paris, Kim Eun-kyung exposait pour la première fois ses oeuvres en Jitae Ottchil

A la galerie Metanoia à Paris, Kim Eun-kyung exposait pour la première fois ses oeuvres en Jitae Ottchil du 30 Août au 5 Septembre. Ce sont des oeuvres d’art ou des objets du quotidien à base de Hanji – papier coréen – et d’Ottchil – la laque coréenne.

« Pour cette première exposition personnelle en France, je souhaite transmettre la profondeur de l’Ottchil (….), et montrer au public français le charme du Jitae Ottchil »

Kim Eun-Kyung

Cette artiste coréenne maîtrisait déjà diverses techniques. Le Minhwa (la peinture folklorique), le Hangukhwa (la peinture à l’encre coréenne), le Seokchaehwa (la peinture de lithographie) et le Noyeokkae (la technique du tressage de papier coréen). Elle s’est ensuite tournée vers le Jitae Ottchil qui allie la peinture et l’artisanat. Elle a ainsi réussi, à force d’acharnement, à faire revivre cette technique oubliée.

Jitae Ottchil
La série « sérénité ». De la vaisselle d’Ottchil légère et robuste, tout en élégance

Un savoir-faire millénaire

L’Ottchil est utilisé depuis plus de 1000 ans. Elle est obtenue à partir de la résine de l’arbre à laque coréen – Ott. Grâce à ce
procédé ancestral, la peinture à l’Ottchil permet d’obtenir une couleur intense et lumineuse, qui « comme le vin, devient plus profonde et brillante avec le temps », d’après un communiqué de l’exposition.

La technique de Jitae Ottchil – correspondant à l’assemblage de feuilles de papier et de succession de couches de laque coréenne – permet d’obtenir des objets très résistants, imperméables, et surtout très légers. A l’époque, les dynasties de Goryo et Joseon, le Jitae Ottchilgi (vaisselle d’Ottchil à base de papier coréen) était alors très apprécié pour sa légèreté, sa robustesse et sa sobriété.

Vers 1880, la dynastie Joseon voit son autorité diminuer peu à peu. Cette technique très contrôlée et réservée à la famille royale commence à être utilisée par les nobles. Le peuple commence ensuite à avoir accès à cette technique. C’est à cette époque que se popularise le Jitae-ottchilgi. Mais la technique manque de se perdre alors que les guerres se succèdent à partir du début du XXe siècle avec la colonisation japonaise d’abord, puis la guerre de Corée. « A cette époque, le savoir coréen est bloqué. Et le changement de nom de la technique, à la demande des japonais pendant l’occupation, a compliqué sa recherche », explique Kim Eun-kyung pour K-society.

jitae ottchil
La vaisselle de papier : avant et après être recouverte de laque coréenne.

Après la guerre de 50-53 – Guerre de Corée -, la vie des coréens est difficile. Il devient secondaire de transmettre cette technique.
Le pays doit d’abord se remettre. « C’est comme cela que l’on a perdu deux générations de transmission, ajoute Kim
Eun-kyung. En 1964, le gouvernement décide de restaurer les monuments, d’abord avec la nacre coréenne puis via l’Ottchill – la laque. Mais les techniques de Jitae Ottchil ont été oubliées… », déplore l’artiste.

Grâce à des collectionneurs privés, certains objets ont pu être conservés.

Fun Fact : A l’époque Joseon, les jeunes filles nobles qui allaient se marier recevaient en cadeau des toilettes portables en Jitae Ottchil. Ces toilettes, en plus de leur légèreté, avaient la capacité d’atténuer le bruit et l’odeur. Bien pratique n’est-ce-pas ?

Passion et obstination

Kim Eun-kyung s’intéresse au Jitae Ottchil, à l’âge de 50 ans : « Il n’existe pas d’ouvrage pour en expliquer la technique ». Sa rencontre avec Mme Kim Hyung et sa collection de Jitae Ottchilgi va lui donner envie de faire renaître ce savoir perdu. Au début, elle tente de recréer une petite table, mais l’ajout de la laque alourdit l’objet. Mais l’artiste n’abandonne pas et persévère dans ses recherches. « L’Ottchil a suscité en Jicheon [ndlr : nom d’artiste de Kim Eunkyung] un enthousiasme tel qu’elle a pu résoudre le problème du poids », raconte Song Hyung-soo, professeur de l’université de Kwangwoon et président de Jicheon Ottchil Art Center dans le livre d’exposition.

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L’artiste Kim Eun-Kyung dans son atelier

Kim Eun-kyung reprend ses études en 2008 et rédige son mémoire sur « Une étude de l’Ottchil Jitae : analyse des propriétés physiques », lui permettant de comprendre les propriétés de l’Ottchil. Sa formation pharmaceutique lui sera alors d’une grande aide. Elle devient, en 2012, la première doctorante dans ce domaine. Lors de sa thèse de doctorante, l’artiste s’est d’ailleurs intéressée aux origines de la laque. « La culture de l’Ottchil s’est développée de manière simultanée dans différents lieux, écrit le directeur de Jicheon Ottchil dans le livre de l’exposition. En se basant sur le fait que la péninsule coréenne est le lieu d’origine des arbres à laque… nous pouvons dire que la Corée, la Chine et le Japon ont développé leur propre culture de la laque de manière concomitante ».

En 2014, le Jitae-Chilgi a été sélectionné dans le cadre du programme de restauration organisé par la ville de Séoul qui a choisi Kim Eun-kyung pour réorganiser les méthodes de classification du Jitae-Ottchil. Cette technique unique en son genre fût enfin retrouvée. La technique du Jitae Otchill consiste à superposer du papier en alternant papier, laque, papier, laque… On termine en appliquant la laque qui doit sécher pendant très longtemps. La résine de l’arbre à laque est la meilleure colle naturelle au monde. Ensuite seulement vous pouvez vous attaquer à la phase de décoration. Pour assister à une démonstration, le mieux est encore de vous rendre sur place, au Jicheon Ottchil Art Center, pour participer à une classe de Kim Eun-kyung.

L’Ottchil – le cadeau de la nature.

« Lorsque l’on marie le papier à l’Ottchil, on ne crée pas seulement des objets décoratifs, on peut également fabriquer des broches, des sacs, des pots, des bureaux ou des lampes… Ses rôles d’antisepsie, de protection anti-insectes, d’anti-isolant, sa résistance chimique et sa capacité à absorber les ondes électroniques rendent l’Ottchil très utile. J’ai mis du coton laqué sur le sol de ma maison et cela a fait disparaître mes migraines. J’aimerais aussi faire des objets pour bébé, notamment pour ses propriétés antiseptiques » nous avoue Kim Eun-kyung, car c’est bien connu, les enfants touchent à tout ce qui traine.

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Un cousin et un drap recouverts d’ottchil

La laque ne s’altère pas avec les variations du temps, elle résiste et s’harmonise avec la nature. Très respectueuse de l’environnement, elle est utilisée dans l’architecture et le bâtiment comme une peinture naturelle et elle s’associe parfaitement avec les matériaux comme le bois, le verre, le métal, la céramique, le cuir et le papier, offrant un design moderne. L’Ottchil est loin d’être « dépassée » et se renouvelle sans limite, en plus de son côté écologique. « Mais attention, nous précise Kim Eun-kyung, travaillez la résine d’Ottchil avec précaution car celle-ci peut entraîner des allergies, notamment au contact de la peau. A l’air pur en revanche, l’Ottchil se durcit et ne provoque donc pas d’allergie ».


C’est ainsi que l’ottchil est utilisé dans pratiquement tous les domaines : de l’art à la médecine, en passant par la peinture, les industries, le militaire, la décoration, la nourriture, la cosmétique ou les produits ménagers. De nos jours, parfums et produits ménagers contenant de la laque sont vendus partout en Corée.

L’ottchil – ça se mange ?

Il faut savoir que la Corée est le seul pays au monde où l’on mange de la laque. L’ottdak – plat à base de jeunes pousses d’arbres à laque et de poulet – aurait des vertus médicinales. « On peut aussi se servir des feuilles de l’arbre à laque et de l’écorce sous forme de bâton comme pour la vanille, que l’on ajoute dans la soupe de poulet » confie Kim Eun-kyung.

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Vase Cozy : Ce vase concerve plus longtemps la fraicheur de vos fleurs et les fait sécher plutôt que fâner.

Elle a aussi fabriqué de l’alcool à base de laque (un goût légèrement sucré au début et sans arrière goût), du Doenjang (pâte de soja fermenté) à base de laque ou encore de la sauce de soja à base de laque qu’elle conserve dans des jarres. La laque est aussi un très bon conservateur. Elle repousse les insectes et permet ainsi une meilleure préservation des aliments. En 2017, Kim Eun-kyung ouvre le Jicheon Ottchil Art Center à Sangju. Elle propose une immersion dans la culture de l’Ottchil, avec une exposition permanente ainsi qu’un centre permettant de s’essayer, à travers différents ateliers, à l’expérience de la vaisselle d’Ottchil et de l’Ottchil peint sur du papier.

Une première en Corée.

La France est le pays européen qui a accepté le plus vite la culture de l’Ottchil. La laque française étant précurseur dans la laque européenne. De mai à juillet de cette année, un étudiant français a effectué un stage au centre Jicheon Ottchil de Kim Eun-kyung. Et en 2021, 18 étudiants français de l’école de laque de Paris iront au Jicheon Ottchil Art center pour y effectuer un stage aux côtés de l’artiste.

Jicheon Ottchil Art Center
73, Seongjubong-ro, Euncheok-myeon, Sangju-si,
Gyeongsangbuk-do, Corée du Sud.
@jicheon_ottchil
Site Internet

MINI-ZOOM : Hanji (한지) – Le papier coréen

hanji
Kim Eun-kyung en train de faire une démonstration de tressage du papier coréen lors de la soirée d’inauguration de son exposition à la galerie Métanonia

« Les coréens sont nés sur un sol de papier fait de hanji, ils vivent leur vie entourés de papiers-peints et de fenêtres en papier de hanji, et retournent à la terre enveloppés de hanji à leur mort ». – Things About Hanji that We Should Know About – by Lee Seungcheol.
Le papier est dans la vie de chaque instant des coréens. Il est utilisé dans de nombreux objets comme les livres, les vêtements, paravents, vaisselle (Jitae Chilgi)…, tous fabriqués de manière naturelle et à la main. Il ne s’agit pas de n’importe quel papier mais de Hanji – le papier coréen. Fabriqué à la main en utilisant le Dak, l’écorce du mûrier, il est très résistant. Un vieil adage dit que le « Hanji peut durer 1000 ans ».

Il aurait été développé par des moines bouddhistes durant la période des 3 royaumes (entre les IIIe et VIe siècles). Il serait devenu alor de plus en plus populaire à l’époque Joseon. C’est d’ailleurs de cette époque que datent les objets retrouvés. La technique s’est peu à peu perdue avec l’apparition des machines et de la modernisation de création du papier. Pourtant, de nombreux artisans tentent de faire vivre cette art culturel coréen et d’en transmettre les bienfaits.

L’article est extrait du magazine K-Society #2

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