COLOSSALE – RENCONTRE & ECHANGE AVEC RUTILE ET DIANE TRUC

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Connaissez-vous le Webtoon Colossale ? Si ce n’est pas le cas, nous vous conseillons grandement de jeter un coup d’oeil sur le site Naver Webtoon en accès gratuit et si vous êtes conquis – comme nous – le webtoon est egalement disponible en version papier dans une superbe édition avec plein de bonus.

colossale

On vous laisse avec notre – long – échange réalisé en juin 2022 dans le cadre de notre magazine Hors-Série Webtoon avec les deux autrices : Rutile et Diane Truc

RENCONTRE & ECHANGE AVEC RUTILE ET DIANE TRUC
Rutile (scénariste) et Diane Truc (dessinatrice)

diane et rutile

Publié en ligne sur la plateforme Naver Webtoon à l’occasion du concours 2020, Colossale, qui porte bien son nom, a ainsi connu un succès « Colossale » – 5,9 millions de vues uniques et 80 000 abonnés – tout le long de sa publication, tenant en haleine des lecteurs d’épisodes en épisodes. Un défi brillamment relevé pour le duo de créatrices Rutile et Diane Truc.

K-Society : Bonjour et enchantée. Pourriez-vous vous présenter et nous dire comment vous êtes passées de la bande dessinée au webtoon ?

Rutile : Je suis scénariste, professeur de scénario en école de cinéma et aussi en école de bandes dessinées, script doctor – éditeur de script dans le milieu audiovisuel, ndlr – et cela fait 13 ans que je fais de la bande dessinée. Il faut savoir aussi que Diane et moi avons fréquenté et fréquentons encore, même en étant professionnelles, le milieu du fanzinat – publication indépendante réalisée par des amateurs passionnés à destination d’autres passionnés, ndlr. Donc on veut vraiment faire de la bande dessinée avec nos codes. Nous sommes influencées par le manga : Diane avec Métal Hurlant toute son enfance, et moi, comics et mangas. On est donc cette génération plutôt hybride. Il faut aussi savoir que dans l’édition traditionnelle, surtout en étant une femme, il est très difficile d’arriver à se faire éditer avec des titres qui nous ressemblent.

Fanzine – Chatons cosmiques

Quand on s’est rencontrées en 2016 avec Diane, je cherchais très activement à faire de la bande dessinée avec des histoires qui nous ressemblent, et Diane aussi. En 2016, le webtoon n’était pas très connu en France. J’avais une amie, très forte en storyboard, qui m’a dit : « Mais non, regarde, c’est très simple, ça se lit comme ça ». J’ai donc lu quelques webtoons et j’ai vu que la mise en page n’était pas si compliquée. Diane et moi, nous nous sommes alors lancées et avons fait nos premières armes dès 2016. Et quand l’opportunité du concours Naver Webtoon s’est présentée – en 2020, ndlr – Diane était déjà prête techniquement.

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Colossale – Gagnant du concours Naver Webtoon – 2020

Diane : (rire) Ce qui a été compliqué, ce n’est pas le style graphique, mais l’homothétie et la manière de « border » un webtoon. Ayant toujours la BD en tête, c’est quelque chose que j’affectionne et un milieu dans lequel je veux travailler quoi qu’il arrive – Diane a travaillé 3 ans comme animatrice 2D, ndlr.

Dans la bande dessinée traditionnelle, je n’ai jamais vraiment trouvé mon public, je publiais des livres, mais au bout d’un moment, je ne pouvais plus raconter mes histoires à moi.

Rutile : Dans la bande dessinée traditionnelle, je n’ai jamais vraiment trouvé mon public, je publiais des livres, mais au bout d’un moment, je ne pouvais plus raconter mes histoires à moi. Et on a vu, enfin, que dans le webtoon, on pouvait directement accéder à un public qui cherchait des histoires qu’on voulait faire. C’est aussi frappant de voir que le webtoon est un genre immensément féminin, tout comme le fanzinat l’est à 99 % (que ce soit les créatrices ou consommatrices).

Autrices

Diane : D’ailleurs, de nombreux auteurs de fanzines se dirigent vers le webtoon car cela leur apporte une vraie plateforme numérique pour toucher un maximum de public. Un peu comme en convention mais avec une portée beaucoup plus grande.

De nombreux auteurs de fanzines se dirigent vers le webtoon car cela leur apporte une vraie plateforme numérique pour toucher un maximum de public.

Rutile : Le lectorat de la bande dessinée traditionnelle est masculin et plutôt vieillissant, il ne s’intéresse pas forcément aux histoires que l’on veut raconter. C’est pour cela que dans le fanzinat français, beaucoup de personnes sont semi-professionnalisées. Ils ont du mal à trouver des éditeurs qui ressemblent à leur public, mais les choses sont en train de changer à une vitesse phénoménale, on voit une véritable ouverture. Ce qui est intéressant, c’est que l’on voit côté Japon et manga que le shôjo est complétement en perte de vitesse. Un genre un peu « bâtard » qui s’est dilué en beaucoup de chose comme « Beastars » ou « Spy x Family » qui ont des codes seinei et shônen mais aussi beaucoup de codes du shôjo. Les codes traditionnels japonais sont en train d’exploser et on se faisait justement la réflexion avec Diane que cela fait très longtemps que l’on n’a pas eu de gros succès shôjo. Le dernier qui me vient en tête c’est Princess Jellyfish.

Shojo

Avec le webtoon, on voit un total renouveau du genre shôjo.

Je me souviens, quand je travaillais comme attachée de presse chez Delcourt, en tête de vente on avait One Piece, et ensuite Nana et Fruit Basket. On n’avait pas vu cela depuis un certain temps côté mangas, mais avec le webtoon on voit un total renouveau du genre shôjo.

K-Society : D’ailleurs, revenons sur votre succès webtoon Colossale. Comment est-il né ? Avec ce titre, vous avez enfin pu raconter une histoire qui vous ressemble, un nouveau medium pour toucher le public.

Diane : Dans la nature du shôjo classique, on aura souvent une héroïne avec un environnement particulier, un rêve et enfin un obstacle. Voilà un an que je m’étais mise à la musculation, et j’avais envie d’en parler. Donc c’était parfait, je pouvais raconter des choses dessus, parler du corps et donc forcément de quelque chose de féministe. Au niveau de l’obstacle, je me suis demandé : « Quel serait le cadre le plus genré possible ? Où est-ce qu’on demande aux femmes d’être des femmes absolument ? » Et c’est ainsi que le milieu aristocratique s’est imposé de lui-même.

Au niveau du titre, j’adore les titres en un seul mot en français. Je trouve cela clair, concis, bref et surtout on ne peut pas faire d’abréviation, je déteste les abréviations (rires). Généralement, au niveau des titres, on a tout le concept – avec des titres très longs, ndlr – et donc j’ai l’impression que c’est cela qui fait que les lecteurs ont très vite envie de rentrer dans l’histoire. Et puis aussi les « beaux gosses » à la coréenne, les lecteurs sont très demandeurs. Pour mon style graphique, c’est entre le manga et la bande dessinée franco-belge, un style qui correspond à mes influences. Le scénario, lui, regorge de dramas, de cliffhangers, et je trouve que cela fonctionne bien avec ce que recherche le public : un lien et des émotions fortes avec les personnages.

K-Society : Et donc justement votre histoire a-t-elle évolué avec les demandes des lecteurs ?

Rutile : Avec le webtoon, c’est particulièrement agréable – à la différence de la bande dessinée classique – d’avoir des personnes qui comprennent ce que l’on fait et où on veut en venir, il y avait vraiment des commentaires très fins. C’est un public qui sait ce qu’il veut. Et il y avait aussi différents niveaux de lecture ce qui le rendait accessible à plein de personnes diverses et variées.

Diane : Et c’est aussi ce côté « réaction à chaud » qui est complétement incroyable.

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Dessin à l’occasion du nombre d’abonnés de la série

Rutile : A la toute fin, Diane avait repéré un commentaire qui nous avait fait beaucoup rire : « Merci aux personnages et aussi aux autrices ». Ils étaient vraiment à fond, ils prenaient à partie les personnages : « Ah mais comment tu peux dire ça », « Vas-y Jade, on est derrière toi ». C’est fort, mais c’est aussi un piège car il ne faut pas trop écouter le public, il faut aussi un petit peu le malmener.

Le piège, c’est qu’il ne faut pas trop écouter le public, il faut aussi un petit peu le malmener.

Diane : Dans n’importe quelle histoire, il faut des émotions négatives pour faire ressortir les émotions positives. Il ne faut donc pas hésiter à malmener les lecteurs et leur faire ressentir une émotion qu’ils n’avaient pas envie de ressentir.

K-Society : Avez-vous un exemple ?

Rutile : Il y a un passage qui est très difficile dans le webtoon.

Attention Spoilers

Diane : On a tenu à aborder des sujets plus graves car cela pouvait aussi servir à l’histoire et de nombreuses personnes ne s’y attendaient pas.

Rutile : Il y a le passage de l’anorexie et de la secte. En les faisant, on se disait : « Quand même, on est en catégorie comédie, on ne rigole pas beaucoup là ». Mais d’un autre côté, on considère que la comédie est un genre plutôt complet, et si on veut que le « happy ending » – la fin heureuse – soit satisfaisant, il faut passer par des étapes un peu plus difficiles. On avait des doutes à ce moment là, on se disait qu’on allait perdre des lecteurs, mais on avait notre trame qui était calée depuis le début. Et c’est là où les réactions du public n’ont pas eu d’effet car on savait où on voulait aller. Là où les réactions du public étaient utiles, c’est quand on voyait que des infos ne passaient pas, que peut-être là, on avait loupé une étape. Cela nous permettait alors d’ajuster, plutôt que de changer la direction de l’histoire.

K-Society : Comment avez-vous construit vos personnages ?

Diane : On est face à un milieu qui, à la base, est extrêmement dur. Je pense que les lecteurs ne réalisent pas à quel point nous avons été gentilles dans la manière de dépeindre les personnages. Dans la réalité, c’est largement plus odieux. Et pour le coup, le public était quand même un peu choqué car il n’avait pas l’habitude de ces personnages de beaux gosses richissimes qui sont apparemment des princes charmants. Et on s’est retrouvées avec « Quoi, mais les riches ils sont pas gentils ? ». A chaque fois, on a voulu placer dans chaque personnage un cliché de la classe qu’il représentait.

personnages

Rutile : C’est toujours bien de partir de clichés, de tropes un peu classiques mais de garder la possibilité de rajouter une couche. Colossale se passe dans un milieu très fortement sous pression, un peu comme « Dallas ton univers impitoyable », et cela rend les personnages intéressants car le principe est de les faire réagir, de les amener à des situations un peu extrêmes.

Diane : Je pense que le seul personnage pour lequel j’avais une vision extrêmement précise, du début à la fin, c’est justement Nathanaël où j’ai dit à Rutile : « Je veux que ça reste un gros con ! » (rires). C’était important qu’il représente ce milieu, qu’il n’apprenne absolument rien, qu’il soit à l’aise et que cela lui convienne parfaitement.

K-Society : Et au niveau des personnages de la salle de sport ? Vous êtes parties à l’opposé…

Diane : Justement, on voulait être à l’opposé du côté aristocratique. Là aussi, on part de clichés de base et on leur apporte à tous une personnalité

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Rutile : On a aussi essayé de les respecter en tant qu’êtres humains, de ne pas non plus en faire des porte-drapeaux, des automates… Il y a un truc très important que j’ai appris de séries comme Buffy ou Doctor Who : ce n’est pas parce que le personnage principal existe que tout doit aller dans son sens, que toutes les personnes doivent être d’accord avec lui. Et c’est une des choses, je pense, qu’on a bien réussie dans Colossale. L’héroïne s’en prend un peu plein la figure, de « non, tu n’as pas toujours raison ». C’est très important pour moi en termes d’écriture qu’il y ait des personnages pour dire : « Non, tu as tort », pour s’opposer à l’héroïne et aussi pour l’aider à grandir, comme dans la vie.

colossale

C’est très important en termes d’écriture qu’il y ait des personnages pour s’opposer à l’héroïne et l’aider à grandir, comme dans la vie.

K-Society : Un message en particulier que vous vouliez transmettre avec cette série ?

Diane : La musculation a vraiment apporté quelque chose à ma vie. La force physique m’a apporté de la force mentale en quelque sorte.

musculation

Rutile : Pour moi, il y a ce côté retour à la matérialité. On a été très déconnecté les uns des autres pendant le confinement. C’est d’ailleurs très intéressant que Colossale soit sortie pendant le confinement. Il y a un truc qui s’est passé, un truc très fort entre nous et notre corps.

Pour moi il y a un chapitre qui est fondateur de la série, c’est le chapitre « Illusion perdue » – ep. 43 avec Simon. Plus on avance et plus on va dans la matérialité avec lui. Cela commence : il est très intelligent, il arrive à franchir tous les obstacles. S’il y a une référence qu’il n’a pas, il va chercher sur internet, et donc on est dans le dématérialisé. Ensuite, il se rend compte qu’il lui manque encore des choses donc il va dépenser son argent dans des livres, et les livres sont chers. Et ultimement, son obstacle va devenir « Je n’ai pas d’entraîneur personnel et donc même mon corps ne reflète pas le corps de la richesse » et c’est là qu’il va demander à l’héroïne de l’entraîner. On aurait pu faire l’inverse mais on a voulu le ramener au monde physique.

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Donc force mentale et force physique qui, selon nous, vont main dans la main et aussi les thèmes sociaux dans Colossale pour rappeler la réalité matérielle du monde.

Diane : Pouvoir physiquement faire des choses et se dépasser. Le dépassement de soi simplement physique.

K-Society : Les principales erreurs à éviter pour passer d’un système BD traditionnelle au système webtoon.

Diane : C’est vraiment tout simple, le principe de gauche à droite existe toujours, mais on va avoir cette envie de défiler vers le bas, le plus vite, ce qui est un peu automatique avec une lecture en « scroll », nos yeux sont attirés vers le bas. Et donc au maximum étirer la lecture sur la verticalité et non pas sur l’horizontalité.

Rutile : En fait, bêtement, quand on lit une BD, on lit en zigzag, de case en case, et pour le webtoon il faut juste que le zigzag soit très allongé. Pour éviter les erreurs, il ne faut pas mettre trop de cases les unes à la suite des autres, le décor a moins d’importance. Un décor en « travelling » vertical oui, mais horizontal cela ne rimerait à rien. D’ailleurs, ce qui est très rafraîchissant dans le webtoon et qui nous intéresse, c’est ce retour à la source, à un public populaire, lu par le plus grand nombre et ces réactions en direct !

Chaque lecteur attendait de semaine en semaine son épisode de Colossale et pour moi c’était vraiment génial, un rêve absolu. Le roman feuilleton, c’est une tradition française après tout.

Dans les erreurs à éviter, il y a aussi de trop travailler le dessin. On est sur le long terme, on est là pour un marathon, donc il faut bien penser aux formats épisodiques. On a vraiment joué le jeu, voulu que chaque épisode soit satisfaisant pour le lecteur de semaine en semaine afin de créer LE rendez-vous et ça c’est un pari qu’on a réussi à relever. Chaque lecteur attendait de semaine en semaine son épisode de Colossale et pour moi c’était vraiment génial, un rêve absolu. Le roman feuilleton, c’est une tradition française après tout. Il faut donc reconnecter avec un public, avec un format, avec la BD. Quand on veut faire de la BD, on peut la faire sous n’importe quelle forme ou medium.

Plateforme Webtoon

Diane : Au final, un webtoon est fait avec un épisode par semaine, un public présent, des concours de popularité. Sur la production, on est alors bien plus proche d’un manga. Un auteur qui va s’enfermer un an pour faire ça, il n’a pas vécu l’expérience d’un mangaka.

Rutile : Il n’y a pas de retour public, il n’y a pas de pré-publication car mine de rien c’est un des piliers du manga au Japon.

K-Society : Le webtoon est en train de bouger, c’est impressionnant que ce soit en version numérique mais aussi avec les nombreuses éditions papier. Qu’en pensez-vous ?

Rutile : En France, on a encore des librairies, et ce n’est pas le cas en Corée, et beaucoup moins aux Etats-Unis. Les libraires comptent énormément et sont très prescripteurs.

On a vue l’avènement de #Booktok, le Tik Tok des livres.

Pour avoir travaillé en librairie, il y a eu un boom pendant le confinement. C’est d’ailleurs à ce moment qu’on a vu l’avènement de #Booktok, le Tik Tok des livres. On voyait ainsi débouler des adolescents nous disant « Je veux tel livre » juste parce que celui-ci était tendance sur Tik Tok car il y avait une influenceuse qui en parlait. A la fin, on faisait même des tables « #Booktok » avec ce qui remontait de Tik Tok.

booktok

Je pense que, au fur et à mesure, cela va devenir une industrie de niche car il y a des avantages dans le livre par rapport au numérique. Cela va devenir, de plus en plus, de beaux objets et on ne pourra pas sortir n’importe quoi. Le livre va être pensé en tant qu’objet, ce qui est déjà le cas dans le webtoon. Si on regarde Solo Leveling et True beauty, ce que je trouve très intelligent chez Kbooks c’est qu’ils ont fait de vrais beaux objets.

K-Society : Et sinon, en tant qu’auteur webtoon, avec un rythme hebdomadaire, on arrive encore à avoir une vie ?

Rutile : Il faut savoir qu’on est payé à la publication et non pas à la livraison, donc cela ne permet pas d’avoir tant de chapitres d’avance. C’est pour cela que les auteurs sont en train de réclamer ce que j’appelle du « Frigo », d’avoir des chapitres d’avance et d’être payé à livraison et non pas à publication.

Diane : On a voulu avoir des épisodes très longs pour pouvoir raconter quelque chose de consistant à chaque fois, ce qui faisait des semaines compliquées. Mais avec de l’avance, une deadline mieux gérée, des assistants…, ce serait plus simple.

autrices

Rutile : La moyenne des épisodes doit faire 40 cases, on arrive parfois pratiquement au double sur Colossale. Je me suis rendu compte en faisant d’autres webtoons comme Vertu de St-Cyr, qu’on est plus proche de 70/80 cases que de 40 pour avoir un épisode complet et pouvoir raconter des choses. Ce qu’il manque justement, c’est un suivi éditorial pour suivre les auteurs sur la plateforme. Et c’est ce que certains des éditeurs papier en France ont pour l’instant comme avantage par rapport aux éditeurs webtoon.

Ce qu’il manque, c’est un suivi éditorial pour suivre les auteurs sur la plateforme.

K-Society : Au niveau du webtoon français, existe-t-il une communauté ?

Diane : Le fait qu’on soit direct en numérique pose le contact plus facilement. Et nous avons un discord pour échanger.

Rutile : Au Japon, on n’encourage pas les auteurs à parler entre eux par exemple. Mais en France, il y a un discord qui s’est créé où tous les auteurs webtoon se sont retrouvés, et c’est très chouette ! On discute beaucoup du social justement, on discute de burn out, c’est très vivant aussi, il y a beaucoup de blagues.

Diane : Il y a aussi beaucoup de soutien, d’entraide – même pour les questions administratives – de démarches, de techniques, de dessins. Ouvert à tous les auteurs.

Rutile : Par exemple, pour la fin de Colossale, on avait fait une soirée de clôture dans la librairie du Renard doré. Il y a eu un peu la fine fleur des webtooneuses comme Kiri – Mon voeu le plus sincère -, une amie à nous. On est fan d’elle et elle est fan de nous donc c’était hyper sympa. Des personnes étaient même venues en cosplay. Et je pense que se retrouver comme ça, c’est une tradition française.

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K-Society : A naviguer dans l’univers webtoon comme ça, est-ce qu’aujourd’hui vous lisez beaucoup de webtoons ?

Rutile : Je suis très exigeante, il y a quelques webtoons que j’ai pu lire, d’autres que j’ai abandonnés en cours de route, mais je préfère plutôt les webtoons d’auteurs comme Pandora’s Choice. Je ne suis pas une énorme consommatrice. Je continue plutôt d’acheter des mangas.

Diane : Pas tant que ça en fait. Les deux que je lis sur Naver Webtoon sont Mon voeu le plus sincère et My Giant Nerd boyfriend. Pour le coup, le webtoon n’a pas encore trouvé ses lettres de noblesse, mais je pense que cela va venir très vite.

K-Society : Quand on s’intéresse au webtoon, est-ce qu’on commence à s’intéresser aussi à la culture coréenne ?

Rutile : J’ai une théorie par rapport à cela concernant la France. On a d’abord découvert le Japon à travers les mangas et les animes. On ne connaissait pas grand chose de la culture japonaise, donc on l’a d’abord connu à travers les animes avec des sortes d’adaptation parfois bizarres dans les noms, les lieux… et après on est venu à la culture.

La Corée c’est l’inverse, on a eu la K-beauty, les K-Dramas, la K-Pop – que j’ai découvert avec le groupe H.O.T en 2005, j’adorais – le cinéma coréen et après on a découvert les webtoons. Pascal Lafine – Responsable éditorial chez Kbooks -, lors d’une conférence au Renard Doré avait souligné que les personnes qui achètent du webtoon ne sont pas les mêmes que celles qui achètent du manga ou de la BD, c’est un nouveau lectorat qui est arrivé par la culture coréenne avant d’arriver au webtoon. On voit par exemple des personnes qui regardent des K-Dramas vouloir lire le webtoon qui a inspiré la série.

K-Society : Le mot de la fin, des conseils pour les jeunes auteurs et aussi les éditeurs ?

Diane : Ne laissez pas de côté le jeune public féminin qui est le public du webtoon et qui ne demande qu’à avoir des bons titres.

Rutile : Les considérer comme un vrai public. On a vécu pendant longtemps en ne considérant que le public masculin. Le shônen par exemple, on pense que cela marche parce que les garçons l’achètent mais en vérité beaucoup sont des filles. Par exemple pour One Piece, plus de la moitié des lecteurs sont des filles.

Et très important aussi pour les auteurs, ce rendez-vous créer, revenir à l’épisodique, certaines plateformes de streaming reviennent là-dessus justement. Pour moi, le rendez-vous créer, c’est qu’on peut ainsi le vivre tous ensemble. Le problème avec le fait de tout publier d’un coup, c’est que tout sera décalé, un ami aura vu tous les épisodes et vous juste les deux premiers, il y aura des spoilers, il n’y aura plus le plaisir de se retrouver tous ensemble, vivre quelque chose en communauté, et c’est là où le feuilleton est vraiment noble. Une connexion les uns avec les autres, c’est ce qui revient avec le webtoon.

Merci à Diane et Rutile pour cet échange et foncez lire Colossale !

Le Webtoon est maintenant disponible dans de très belles versions papiers chez les éditions Jungle.

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